Depuis quelques jours, je suis d'humeur bénigne.
« Un peu tard, me souffle Giraudeau.
- C'est marrant ça Jeannot, moi aussi je peux avoir le sens de l'humour. Tu serais pas mort deux fois, toi? Comédien, va! Regarde Laurent Fignon : ça c'est une
belle histoire, comme dirait Christian Jeanpierre au sujet de Mathieu Valbuena à la veille de l'épopée française en Afrique propre.
La comparaison n'est pas anodine. On a tous une petite idée de la fin des deux histoires. Elles sont pas très marrantes. J'ai même pas envie de faire une vanne.
Juste envie de pointer l'attitude infecte de France Télévisions qui a ouvert un quota de salariés cancéreux visibles en faisant signer le double vainqueur du Tour de France, sous couvert de main
tendue du service public à la France qui souffre. C'est pas comme si « commentater » n'exigeait pas de faire vibrer ses cordes vocales! C'est aussi absurde que de demander à un
cul-de-jatte s'il veut être doublure jambe d'Éva Longoria. Le politiquement correct me fout plus la gerbe que de monter le Tourmalet en Škoda.
- Hé Ludwig van si tu m'entends, des types chez Universal te proposent d'enregistrer un live, t'en es?
Alors finalement, de masquer la misère d'un pays africain pour accueillir les télés du monde entier ou d'exposer un condamné à la télé française, quel est le plus
politiquement correct? En gros la souffrance, soit on la cache parce que c'est dégueulasse et ça fait peur, soit on la met sur un piédestal parce que c'est beau, noble et courageux. Où se situe
le seuil de tolérance pour passer d'un extrême à l'autre? Est-ce l'idée de lutter contre son destin qui fait passer la frontière? Ou est-ce plus subtil encore :
- Jeanjean, vous avez un truc à déclarer?
- Oui missieur, j'ai un sida, 7 enfants, 50 rand et j'aimerais être reconnu comme être humain
- Bien. Vous faites du vélo?
- ...
Putain, c'est quand même pas ça la question éliminatoire! Remarque, ça expliquerait pourquoi on ne voit que très rarement des reportages non condescendants sur le
continent africain - documentaires animaliers avec voix off de Dussolier compris. Des décennies d'indifférence médiatique sous prétexte que les blacks sont des brêles à vélo. Mais attendez les
mecs, c'est un sport de merde le vélo! Quand on y réfléchi bien, être le meilleur cycliste au monde revient à assumer l'énonciation de la déclarative suivante :
- Je suis le plus fort du monde sur véhicule terrestre constitué de deux roues alignées, actionnées par l'intermédiaire de mes pieds, avec lesquels il s'agit
d'appuyer sur les pédales, reliées à un ou plusieurs engrenages au niveau du pédalier, ces derniers transmettant le mouvement, par le biais d'une chaîne fixée sur la roue arrière par un mécanisme
à cliquet anti-retour, à un ou plusieurs engrenages fixés sur cette même roue.
Pointu, élitiste, absurde. C'est dingue ce que les blancs ont dû inventer pour être les meilleurs quelque part. Et ça l'Afrique Noire l'a bien compris :
hypothéquant à l'occasion son monopole de la misère, elle nous en crédite royalement nos gueules dix fois plus sujettes aux mélanomes, chaque été sur les pistes d'athlé. Exceptée la perche
évidemment, sport créé de toutes pièces et tout aussi vilain que le vélo, pour les mêmes raisons évidentes d'appellation pompeusement romancée de titre relativement mondial.
Les médias occidentaux ont d'ailleurs le bon goût de justifier la soumission du monde blanc au monde noir sur piste par des raisons génétiques et de fait,
implicitement injustes. Pour preuve la page Wikipedia du 100 mètres récemment actualisée : Le Français Christophe Lemaitre est devenu le premier athlète d'origine génétique européenne à
descendre sous les 10 secondes sur 100 mètres, avec un temps de 9 sec 98 le 9 juillet 2010 à Valence. Avant lui, 71 coureurs d'origine africaine avaient réussi cette performance,
soulignant que l'influence génétique (notamment le rôle du gène (en)ACTN3 agissant sur les fibres musculaires rapides) peut agir au même titre que l'entraînement, le régime ou
le comportement de l'athlète.
Si c'est pas une appellation pompeusement romancée de titre relativement mondial, je sais pas ce que c'est! Alors OK, on a pas le même génome, mais on a la même
passion rassurez-moi?
Toute cette digression pour quoi au final? Pour dire que le traitement des effets de la misère connait des variations bien dichotomiques par les médias.
« Digression », « Dichotomie » dans un même paragraphe, manque plus que « Dieudo » pour y donner du relief.
- Hé ça va, le cinéma s'y est mis, j'ai bien le droit de me lancer dans la 3D, non?
Suite à cela et à la lumière de mes récentes expériences professionnelles, je me sens obligé de vous faire part de ma rencontre avec le troisième âge, qui s'y
connait dans le rayon de la misère, et pas en bout de gondole. Oui le troisème âge. Pas l'âge mûr des milfs et des cougars à piscine. Ici, ce sont chevreuils et sangliers empaillés qui sont
busty. Les faciales, quant à elles, sont le fruit des cocktails collyre/Parkinson. Vous me direz, mais d'où tient-il ses infos? Il bosse dans un service de gérontologie? Faux.
- Je bosse chez Argel. Je livre des produits frais à des personnes pas fraîches : alors, passées les blagues sur Georges est frais/effraie et Georges Freche, il est
bon de noter que la clientèle Argel est constituée majoritairement de personnes grabataires rêvant secrètement de se faire cryogéniser dans la chambre froide du Transporter VW qui les
approvisionne mensuellement en moules marinières et autres andouillettes, matérialisant de facto leurs fantasmes d'appareils génitaux frais pour l'éternité et oubliant ainsi le goût rance de
leurs « propres » organes jadis reproducteurs.
Les orientations et préoccupations de cet étrange public étant établies, avec un certain sens de la métaphore filée avouez-le, j'en viens au sujet même de l'article
: les vieux.
- Ah, parlez-moi pas de vieillir Monsieur, me lancent-ils à longueur de journée.
- Mais j'essaie même pas de vous parler de quoi que ce soit, aimerais-je leur répondre, dans cinq minutes un ou une de vos semblables aura déjà trusté les
persistances rétinienne et olfactive de votre décrépitude générées par notre entrevue. A quoi bon construire une relation quand vous et moi savons que je ne serai pas le seul à vous avoir oublié
dans les cinq prochaines minutes. A l'odeur, j'ai presque envie de parier que vous-même vous êtes oublié avant leur terme. Je serai juste le dernier en date d'une longue liste comportant tous les
membres de votre descendance qui vous laisse crever dans votre trou. Moi ce que je veux, c'est que vous signiez votre chèque rapidement car j'ai dans l'idée que travailler en apnée favorise la
formation douloureuse d'acide lactique dans mes muscles. Inutile de vous poser l'équation bilan, la vue de vos replis cutanés disgracieux m'informent sur vos connaissances en fermentation.
Évidemment, rien ne se passe comme ça réellement. Je fais le gentil. Pour eux, je m'intéresse au temps qu'il a fait, qu'il fait et qu'il fera. Au temps que les
paysans attendent pour pouvoir moissonner, au temps que les mémés espèrent pour le marché, au temps qui passe trop vite.
L'espace, tout comme le temps, a chez eux une définition bien relative :
- Vous avez d'autres livraisons dans le pays?
- Euh oui, je vais ensuite à Ruages et Monceaux-le-Comte.
- Non, je vous parle du pays...
- ...
Apparemment un pays, c'est pas plus de treize habitants. OK, ce sera noté. Et puisqu'on a ouvert la brèche d'une certaine zone géographique, parlons du fléau de ces
pays : la consanguinité. Cliché rarement avancé dans les pages « bonheur véritable de tradition française » de la rédaction du treize heures de TF1, reconnaissez-le.
La consanguinité, c'est quand ton papa est dans la même école que toi et que c'est ta petite sœur de mère qui vous y emmène tous en Aixam. Le Morvan est certes un
endroit reculé, mais les habitants y ont lancé depuis bien longtemps la mode des familles recomposées. Les mecs sont vachement en avance à certains égards. Quand ils auront Internet, Facebook
devra s'adapter pour créer de nouveaux statuts genre : frère/sœur mais c'est compliqué...
Bref, à chaque jour sa leçon de vie. Consanguinité, cataracte, phlébite, impotence, VSL, tous ces termes qu'on emploie assez peu finalement dans nos cercles
juvéniles et qui rythment le quotidien de milliers de Nivernais clients Argel.
Alors vous me ferez remarquer qu'au départ, je lançais cet article en avançant mon humeur bénigne.
- Qu'en est-il après toutes ces preuves criantes de misanthropie maladive? Où est cette envie de faire le bien autour de toi, Mathieu?
- Permets-moi de te dire que dans un premier temps, tu me tutoieras quand on l'aura décidé d'un commun accord. Et dans un second temps, sache que je parlerai de la
vraie nature de mon humeur un autre jour. Avec Halle Berry. »
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